Le partenaire CSI prévoit un nouveau centre de réhabilitation en Arménie

Jusqu’à l’attaque de l’Azerbaïdjan, Vardan Tadevossian, partenaire de CSI, était ministre de la Santé du Haut-Karabakh et dirigeait le centre de réhabilitation Lady Cox à Stepanakert, cofinancé par CSI. Dans l’interview, le courageux Arménien décrit comment il a vécu sa fuite vers l’Arménie. Il révèle aussi ses projets de construction d’un nouveau centre en Arménie pour les patients qui ont fui comme lui.

L’équipe compétente du centre de réhabilitation avec Vardan Tadevossian (au centre, derrière). fb

L’équipe compétente du centre de réhabilitation avec Vardan Tadevossian (au centre, derrière). fb

 

CSI : À quel moment des attaques de l’Azerbaïdjan avez-vous réalisé qu’il valait mieux se rendre plutôt que de risquer une hécatombe au Haut-Karabakh ?

Vardan Tadevossian : Je n’ai pas pris seul cette décision. Nous avons dû fuir l’Artsakh (Haut-Karabakh) à un moment inattendu. Avant cela, je n’avais jamais pensé à me rendre. J’ai toujours été certain que nous resterions en Artsakh. Mais quand on voit comme les habitants se sont enfuis si soudainement, il n’y avait plus d’autre choix.

Aviez-vous peur d’être enlevé comme d’autres politiciens du Haut-Karabakh et d’être envoyé dans une prison de Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan ?

Bien sûr, il y avait toujours le risque que je sois arrêté en tant que ministre de la Santé d’Artsakh et ami de longue date de Caroline Cox (fondatrice du centre de réhabilitation à Stepanakert, chef-lieu du Haut-Karabakh). Au début de ma fuite, j’étais très inquiet. Je savais que nous devions nous présenter devant les gardes-frontières. Cependant, lorsque nous sommes arrivés à la frontière, je me suis davantage inquiété pour mes patients et mon personnel. Je voulais à tout prix qu’ils arrivent en Arménie en toute sécurité et qu’ils n’aient pas d’ennuis à cause de moi.

Comment avez-vous vécu les derniers jours au Haut-Karabakh jusqu’à votre arrivée en Arménie ?

Ces jours ont été très durs, surtout les trois ou quatre derniers jours, lorsque j’étais responsable des blessés après la guerre d’un jour. Il n’y avait pas d’électricité ni de connexion Internet. Mais le plus terrible a été l’explosion du dépôt d’essence le 25 septembre 2023, qui a fait des dizaines de morts et de blessés. Au moins, nous avons pu transporter les blessés graves en Arménie par hélicoptère et en voiture. J’avais ainsi la certitude de ne pas en laisser à Stepanakert.

Où vivez-vous actuellement ?

À Erevan, la capitale de l’Arménie. C’est là que j’ai vu mon petit-fils pour la première fois. Il est né il y a un mois.

Qu’adviendra-t-il du centre de réhabilitation de Stepanakert ?

Je me pose la même question. Nous avons laissé le centre en l’état, de sorte que chaque spécialiste puisse y entrer et l’utiliser. J’ai été le dernier à le quitter. Nous avons laissé les portes ouvertes pour que personne ne les force. Après vingt-cinq ans de développement, le centre avait atteint un niveau très élevé. Cela me fend le cœur d’avoir dû le quitter. Je ne peux qu’espérer que tout le travail que j’ai laissé derrière moi continuera à profiter aux personnes handicapées.

Combien de patients se trouvaient-ils au centre le dernier jour avant l’attaque de l’Azerbaïdjan ?

Il y avait 22 patients hospitalisés, plus de 30 patients ambulatoires et 50 membres du personnel dans le centre. Lorsque l’attaque a commencé le 19 septembre 2023 à midi, tout le monde a abandonné sa nourriture et s’est caché dans la cave, pris de panique.

Avez-vous pu découvrir tous les lieux où se trouvaient ces patients en Arménie ?

Pas encore. La plupart d’entre eux ont pu être hébergés à Erevan. Nous sommes en outre en contact avec tous les patients qui ont besoin d’une aide particulière. Nous effectuons déjà des visites à domicile et fournissons à nos patients les médicaments de première nécessité. Nous informerons également les familles sur la manière de s’occuper des patients.

Les jeunes qui ont subi des brûlures sont traités par nos spécialistes dans un centre approprié à Erevan. Plus de 60 personnes sont concernées.

Pouvez-vous vous appuyer sur une équipe pour votre travail laborieux ?

Oui, cette équipe est en place. Parallèlement, j’ai encouragé d’autres collaborateurs de Stepanakert à chercher du travail dans d’autres hôpitaux. Tant que nous n’aurons pas de nouveau centre de réhabilitation, je ne pourrai pas employer tout le monde.

Y a-t-il des projets concrets pour un nouveau centre ?

Oui, je suis déjà en train d’élaborer une proposition avec des architectes. J’ai l’intention de créer un centre moderne un peu en dehors d’Erevan, qui, comme celui de Stepanakert, offrira des thérapies modernes et de qualité aux blessés et aux personnes handicapées. Les patients doivent également pouvoir bénéficier d’une thérapie occupationnelle et faire du jardinage, par exemple. Le nouveau centre doit également devenir un centre d’intégration et s’occuper des personnes dans le besoin de la République d’Arménie. Et bien sûr, j’espère pouvoir réengager tous les collaborateurs de Stepanakert. C’est le souhait de tous.

Y a-t-il un espoir de retourner un jour au Haut-Karabakh ?

Nous aurons toujours cet espoir. Comme je l’ai dit, j’ai laissé mon cœur là-bas. La nuit, je vis avec mes souvenirs.

Nous souffrons tous psychologiquement de ces terribles événements. J’espère pouvoir me rétablir rapidement en Arménie et commencer à construire un nouveau centre dès que possible. Cela nous donnerait une nouvelle force.

Interview : Reto Baliarda

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