Communiqué de presse | Le retrait du Nigeria de la liste des pays « particulièrement préoccupants » en matière de la liberté de religion est un déni de réalité éhonté

La décision du département d’État américain de retirer de la liste un pays où des milliers de chrétiens sont tués chaque année révèle les véritables priorités de Washington.

Des victimes d’une attaque perpétrée par les Peuls dans l’État fédéré de Plateau. csi

Christian Solidarity International (CSI) prend connaissance avec une grande inquiétude de la décision du département d’État américain de retirer la République fédérale du Nigéria de la liste américaine des « Countries of Particular Concern » (CPC) en matière de liberté religieuse. Les États se qualifient pour figurer sur la liste d’observation de la liberté de religion lorsqu’ils « commettent ou tolèrent des violations particulièrement graves de la liberté religieuse ».

Le Dr John Eibner, président international de CSI, a déclaré : « Le retrait de ce signe d’inquiétude largement symbolique est un déni de réalité éhonté et montre que les États-Unis ont l’intention de poursuivre leurs intérêts en Afrique de l’Ouest en s’alliant à l’élite sécuritaire du Nigéria, au détriment des chrétiens et des autres victimes de la violence religieuse généralisée, en particulier dans la région majoritairement chrétienne de la Ceinture centrale du pays. »

Le porte-parole du président nigérian Muhammadu Buhari, Garba Shehu, a célébré la décision de la semaine dernière : « C’est un leurre de prétendre que le Nigéria manque de liberté religieuse », affirmant que le Nigéria avait été placé sur la liste de surveillance uniquement parce que « des lobbyistes américains de droite avaient reçu des millions de dollars de la part de terroristes pour répandre des contre-vérités et des informations erronées sur le Nigéria ».

Cependant, la Christian Association of Nigeria (CAN) s’oppose au retrait du Nigéria de la liste. Son président, le pasteur Samson Ayokunle, a déclaré que « les meurtres de chrétiens n’ont pas cessé à ce jour et les Nigérians en sont les témoins vivants ». Il a en outre accusé les autorités nigérianes de ne pas réagir de manière adéquate à la violence antichrétienne.

Ces récentes violences contredisent les affirmations des gouvernements américain et nigérian selon lesquelles il n’y a pas lieu de s’inquiéter de la persécution religieuse au Nigéria. Par exemple, le 31 octobre 2021, des dizaines de baptistes ont été enlevés dans leur lieu de culte et le 26 septembre, plus de trente chrétiens ont été assassinés par des djihadistes peuls dans l’État fédéré de Kaduna. Dans les États fédérés du nord du Nigéria qui ont adopté la charia, plusieurs musulmans sont également actuellement en prison pour blasphème contre l’islam. Si la liste CPC des États-Unis signifie quelque chose – une question ouverte à ce stade – le Nigéria devrait y figurer.

Au cours des dernières années, les milices djihadistes peules ont assassiné des milliers de chrétiens autochtones dans la Ceinture centrale du Nigéria et en ont déplacé des millions. « L’objectif de ces attaques, explique John Eibner, est d’affaiblir et d’éliminer la population autochtone non-musulmane de la région et d’asseoir la domination musulmane dans cette région historiquement contestée, pour le bénéfice politique des dirigeants nigérians actuels. La forte augmentation de ces attaques a conduit CSI à publier en 2020 une alerte au génocide des chrétiens au Nigéria ».

Alors que le département d’État américain a qualifié les groupes terroristes Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO), basés au Nigéria, d’ « entités particulièrement préoccupantes » en matière de liberté de religion, il a laissé de côté les milices peules qui terrorisent les communautés chrétiennes indigènes de la Ceinture centrale.

La véritable raison du retrait des milices peules de la liste nigériane et de leur exclusion de la liste CPC américaine semble être d’ouvrir la voie à une coopération renouvelée entre les États-Unis et l’appareil de sécurité nationale du Nigéria, traditionnellement dominé par les élites politiques musulmanes du nord du Nigéria.

CSI demande au département d’État américain non seulement de replacer le Nigéria sur la liste CPC, là où il doit être, mais aussi de réorienter sa politique à l’égard du Nigéria afin de mettre fin aux massacres continus de chrétiens nigérians et d’autres personnes, et d’empêcher le déclin de l’État nigérian vers davantage de violence. Il s’agit d’une politique à courte vue qui donne la priorité à la coopération avec l’élite dirigeante et qui risque de provoquer un génocide.

Contact

Joel Veldkamp | joel.veldkamp@csi-int.org

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