Il faut en finir avec les lois sur le blasphème et leur abus !

Au Pakistan, quiconque est accusé de blasphème est en danger, même si les griefs sont souvent absurdes. Beaucoup de personnes sont enfermées malgré leur innocence, comme Nabeel Masih, soutenu par CSI. Notre organisation demande leur libération et une révision des lois sur le blasphème.

Nabil Masih (19 ans) est emprisonné depuis quatre ans pour « blasphème », mais il est innocent. (mad)

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Le chrétien Nabeel Masih a été arrêté alors qu’il était mineur, puis condamné pour blasphème en 2018 à dix ans de prison. On lui reproche d’avoir posté une image sur Facebook représentant une tête de porc posée sur la Kaaba (lieu saint musulman à la Mecque).

Nabeel est issu d’une famille pauvre et il n’a suivi l’école que jusqu’en quatrième. Il est presque analphabète et saurait à peine se servir de Facebook. Nabeel a déclaré au tribunal que des collègues musulmans auraient ouvert un profil Facebook à son nom avant de poster l’image incriminée. Il a malgré tout été condamné et se trouve en prison depuis trois ans.

CSI soutient les victimes de la loi sur le blasphème

Accompagné du père et du frère de Nabeel, notre partenaire CSI au Pakistan s’est rendu dans la prison. Nabeel déplore : « Je suis profondément ébranlé : tout mon village s’est retourné contre moi et a demandé ma mort, même des personnes avec lesquelles j’ai eu des contacts durant tant d’années. » Il se fait du souci pour sa famille en pensant que les gens qui le haïssent pourraient leur faire du mal : « Je souffre particulièrement d’être en prison, alors que je suis analphabète et innocent, alors que les musulmans qui ont effectivement commis ce crime sont en liberté. » Nabeel a été mis à l’isolement et n’a obtenu qu’une demi-heure pour la visite.

CSI ne veut pas s’accommoder d’une telle injustice et met de l’argent à disposition pour un avocat, afin que le jugement puisse être examiné devant la cour supérieure. De plus, nous allons assumer les frais permettant à sa famille de visiter Nabeel Masih. Il ne doit pas être en souci pour eux et il doit avoir de leurs nouvelles régulièrement.

L’accusation de blasphème résonne comme une condamnation à mort

La simple accusation de blasphème suffit pour mettre en danger la vie d’une personne, de sa famille, de sa parenté ou même parfois même ses voisins. Selon la Commission des droits de l’homme du Pakistan, au moins septante personnes ont été lynchées depuis 1990. Des quartiers entiers ont été incendiés. Les accusations de blasphème sont souvent utilisées abusivement pour se débarrasser d’une personne gênante, pour lui extorquer du terrain ou pour régler un conflit personnel. De nombreuses plaintes sont complètement absurdes et même des personnes handicapées mentales (comme Rimsha Masih) ou mineures (comme Nabeel Masih) finissent en prison.

Selon le Center for Social Justice environ mille cinq cents personnes ont été accusées depuis les années 1980, parmi lesquelles la plupart sont des membres de minorités religieuses, particulièrement des ahmadis et des chrétiens. Selon le Code pénal pakistanais, le blasphème contre le Coran peut être puni d’une peine de détention à vie ou même de mort (art. 295, § b et c).

Le souvenir d’Asia Bibi

La victime la plus connue des lois sur le blasphème est Asia Bibi, qui a finalement été innocentée en octobre 2018 après dix ans d’emprisonnement. À peine une année plus tard, en septembre 2019, c’est le musulman Wajih ul-Hassan qui a été libéré après dix-huit ans passés derrière les barreaux. Ces deux innocents ont été condamnés à mort pour avoir proféré des blasphèmes contre le prophète musulman Mahomet. Après leur acquittement par la Cour suprême, ils n’ont obtenu aucune compensation pour les nombreuses années passées en détention arbitraire.

Les meurtriers sont vénérés comme des héros

Le cas d’Asia Bibi montre également combien la défense des inculpés pour blasphème peut être dangereuse. Deux politiciens de haut rang (le gouverneur musulman Salman Taseer et le ministre chrétien Shahbaz Bhatti) ont été assassinés pour s’être engagés en sa faveur et pour une révision des lois sur le blasphème. Mumtaz Qadri est l’un des meurtriers ; il a été condamné à la peine capitale et exécuté pour ce crime le 29 février 2016. Mais pour de nombreux islamistes, il est un véritable héros et lors de son ensevelissement, des dizaines de milliers de personnes l’ont vénéré ; son tombeau est devenu un lieu de pèlerinage.

Il est dangereux de demander une révision des lois

La critique des lois sur le blasphème s’est largement estompée à cause des intimidations. En effet, les avocats des personnes inculpées pour blasphème doivent également protéger leur vie. Saif ul-Malook, l’avocat musulman d’Asia Bibi, a par exemple reçu de nombreuses menaces de mort. Après s’être d’abord réfugié à l’étranger, cet homme âgé de 64 ans est retourné au Pakistan pour continuer à défendre les chrétiens accusés de blasphème : « Mieux vaut mourir pour une bonne cause que pour rien. »

Il existe des propositions visant à limiter les abus de la loi, comme le fait que la peine de mort devrait également s’appliquer à ceux qui accusent faussement une personne de blasphème ou qu’un responsable de police devrait examiner les reproches exprimés avant d’enregistrer une plainte pour blasphème. Mais la simple rumeur faisant état d’une révision des lois sur le blasphème a déclenché de violentes manifestations de masse.

Prier et protester

Nous vous demandons de prier pour qu’il n’y ait plus de victimes d’accusations de blasphème qui souffrent. En même temps, nous faisons appel au Premier ministre Imran Khan afin qu’il mette fin à tout abus des lois sur le blasphème et entame leur révision. Merci pour votre solidarité avec les personnes qui sont persécutées injustement au Pakistan.

Adrian Hartmann

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