Elle passe deux jours dans une cave

Rima a survécu aux bombardements. Cette orthophoniste à la retraite a attendu une semaine dans sa ville de Bila Tserkva. Elle a finalement fui avec deux mères de famille. Elle se sent en sécurité à Moukatchevo, dans l’ouest de l’Ukraine, mais elle s’inquiète pour l’avenir des enfants déplacés.

Rima a attendu une semaine chez elle, à Bila Tserkva, avant de prendre la fuite. csi

À Moukatchevo, le directeur de CSI-Suisse John Eibner et la responsable CSI pour le Moyen-Orient ont rencontré Rima lors d’un déjeuner dans un internat scolaire qui accueille actuellement des personnes déplacées. Cette robuste retraitée vient de Bila Tserkva, une ville située à environ 90 kilomètres de Kiev. Elle a préparé pour ses invités une spécialité ukrainienne, les varenyky (des raviolis avec des pommes de terre). Lors du repas, elle leur a raconté l’un des pires moments de sa vie.

Un réveil agité

Le 24 février 2022, entre 4 et 5 heures du matin, Rima dort paisiblement. Soudain, le bruit des bombes la tire de son sommeil. Dans l’obscurité, elle assiste à un orage où la lumière des obus qui s’écrasent se mêle aux hurlements des sirènes et au bruit des vitres qui se brisent. Rima se souvient : « Ma voisine m’a appelée en criant que la guerre avait commencé. Nous avions beaucoup parlé du fait qu’une guerre pourrait éclater chez nous. Tout d’un coup, elle était là, avec son cortège d’horreurs ! »

Le lendemain, les bombardements recommencent. Un obus détruit l’immeuble situé à côté de l’appartement de Rima. « À l’intérieur, il y avait encore des habitants qui se sont retrouvés ensevelis sous les décombres. Heureusement, ils ont finalement été sauvés. »

Au début, Rima et ses voisins se précipitent toujours vers l’abri le plus proche dès qu’ils entendent les sirènes. Mais au bout de quelques jours, ils attendent la chute des premières bombes avant de se réfugier à la cave.

Mais les bombardements s’intensifient et Rima reste finalement deux jours complets dans l’abri, sans voir la lumière du jour. Avec elle, il y a plusieurs autres personnes, notamment une famille de six personnes originaires des environs : « L’aîné des enfants avait 14 ans, le plus jeune 2 ans. J’ai remarqué que les enfants restaient assis en silence tout le temps, sans rien faire. J’ai essayé de faire quelques jeux avec eux. Sinon, ils restaient assis tranquillement à lire leurs livres. »

Après ces deux jours, la situation devient trop critique pour Rima. Elle décide de quitter Bila Tserkva avec des autres femmes et des enfants. Accompagnée de deux mères de famille, Rima se rend dans l’ouest de l’Ukraine, à Lviv (Léopol). « Normalement, il faut huit heures pour faire ce trajet en voiture. Mais nous avons passé plus de quatorze heures sur la route, sans boire ni manger. » Les enfants assis dans la voiture avec Rima n’ont pas émis le moindre son pendant tout le trajet. « En très peu de temps, ces enfants étaient devenus des adultes. Ils ont été dépouillés de leur innocence d’enfant. Je me fais du souci pour eux. »

L’ancienne orthophoniste reçoit souvent des messages de la part de ses connaissances restées à Bila Tserkva. « Je leur envoie régulièrement des médicaments, car ils ne peuvent pas en acheter là-bas. Je suis reconnaissante de savoir que même au cœur de cette terrible guerre, le service postal fonctionne encore bien pour le moment », conclut-elle.

Reto Baliarda

Rima a attendu une semaine chez elle, à Bila Tserkva, avant de prendre la fuite. csi
Rima a attendu une semaine chez elle, à Bila Tserkva, avant de prendre la fuite. csi
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